Lauranoure la glande

Le 29.05.2017, par JeanlouisV-bee


Au rendez-vous samedi matin à 10h devant chez Benoît pour remplir le camion de Hugues, il y a comme du flottement dans l'air, entre les difficultés dans la mise en route pour certains et les oublis de raquette pour d'autres. En fait, le week-end a vraiment commencé la veille au soir, quand un anniversaire surprise d'un membre de la bande a été organisé au dernier moment, qui s'est terminé plus tard et plus alcoolisé que prévu. 10h45, on décolle presque à l'heure prévue... Pourquoi a-t-on dit 10h déjà? Après tout, le programme de la journée est de monter au refuge de l'Alpe du Pin, pas plus d'1h30 de marche. Le camion est étrangement silencieux pendant le trajet jusqu'à Bourg d'Oisans. Petite pause au Casino pour approvisionner le repas du soir, puis on termine la route jusqu'à St Christophe, et le bar la Cordée qui se charge des clés du refuge quand celui-ci n'est pas gardé. On pique-nique avant de monter, et on traîne un peu au soleil avant de se mettre en route.

La montée se fait au rythme du pas de guide de Lukas, et c'est l'occasion de transpirer les toxines de la veille. Ça va mieux en arrivant au refuge, comme annoncé celui-ci est à l'ancienne, mais tout confort avec poêle, matériel de cuisine, jeux de société et des couchages très confortables dans la salle commune. Et il n'est que pour nous! Après s'être remis de cette rude montée (...) nous partons dans le cirque pour repérer les 3 options pour les courses du lendemain: la voie normale, le couloir Candau, et l'arête du sommet Est. Vu la quantité de neige et la corniche sur l'arête, l'incertitude sur l'itinéraire de descente, on élimine vite cette dernière option. Le couloir Candau en tenterait certains, mais c'est la reprise, il est coté AD avec de l'engagement; finalement tout le monde se décide pour la voie normale. Nous ramassons un peu de bois arraché par les coulées pour alimenter le poêle. Après tous ces efforts (...) nous avons bien mérité une sieste au soleil, mais un petit vent frais et des nuages circulant sur les crêtes écourtent celle-ci. Nous ne sommes que 5 pour l'apéro, Benoît préférant prolonger la sieste (il avait choisi l'option duvet). La soirée est gastronomique, au menu, soupe au pistou, semoule aux lardons / sauce tomate, et gâteau au chocolat de Lukas!

Dimanche, lever 4h. On s'active doucement, on retrouve le rituel des réveils en refuge, petit-déjeuner au Nescafé soluble / quatre-quart, vérification des sacs, et on set met en marche peu avant 5h, à la lueur des frontales. Assez rapidement, la sente se perd sous les premiers névés, on trace au mieux dans le pierrier puis on chausse les raquettes sur une neige bien dure. Le rythme s'accélère sensiblement quand la pente se raidit, laissant Damien quelques encablures à l'arrière. On s'encorde et chausse les crampons vers 2700m, à l'endroit où le glacier du Pierroux est censé commencer. Et c'est à ce moment-là que la neige commence à moins bien porter, semble-t-il. Mais la progression n'est pas encore pénible. Un peu avant 3000m, il y a un verrou rocheux à passer, Aurélien et Lukas l'attaquent frontalement, avec relais et pose de coinceurs, tandis qu'Arnaud et Hugues le contournent par une petite vire sur la gauche. Quand Benoît et Damien passent cette même vire, Arnaud qui fait la trace est en galère quelques mètres plus haut dans de la neige qui ne porte plus, il s'enfonce jusqu'à la taille, ne progresse plus du tout. A droite et à gauche, deux coulées sont parties la veille, nous sommes 6 dans un périmètre limité sur de la neige pourrie, dans une pente à 35 degrés, 10m au dessus des barres du verrou. Il ne faut pas trainer ici et prendre une décision rapidement. Vu son état actuel, dans quel état sera la neige dans plus de 2h, le temps minimum pour faire l'aller-retour au sommet?Trop risqué, demi-tour: il est 8h, le but est signé!

Pendant la descente, Lukas suggère de remonter jusqu'au pied du couloir Candau, pour faire des repérages pour un éventuel retour dans le secteur. Pour cela il faut traverser vers l'autre branche du glacier, et nous nous retrouvons sur une épaule, en haut d'une pente exposée Est (la neige a déjà bien transformé) avec de petites barres, la descendre serait risqué. Et puis finalement, on le voit bien d'ici, le couloir Candau... Demi-tour, ça ne veut pas faire aujourd'hui. La fin de la descente est l'occasion de découvrir le terme "sanglionnade" issu du lexique guenille: Après être descendu au plus bas d'une pente de neige, celle-ci se transforme en mince langue, puis en couloir de plus en plus raide, qui se remplit progressivement de vernes, jusqu'à fermer (presque) complètement le passage. Il faut écarter les branches pour se faire un chemin. D'après Aurélien, la nôtre n'est pas ce qui se fait de pire, nous n'avons pas eu à ramper!

Il est à peine 10h30, nous sommes déjà rentrés au refuge. Pique-nique, sieste au soleil sans le petit vent frais de la veille (nous ne sommes pas pressés après tout), petit coup de balai et d'éponge dans le refuge, et nous finissons la descente pour arriver à la Cordée de St-Christophe en pleine affluence. "Alors vous avez pris un but?", nous interpelle un passant; visiblement tout le village est au courant, il faut dire que c'est un belvédère idéal sur notre sommet manqué, qui nous nargue tandis que nous profitons une dernière fois du soleil en terrasse.

Arnaud, Aurélien, Benoît, Damien, Hugues, Lukas, (Les3ASup)


 

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